Championnat de France Elite d’athlétisme 2013

L’atypique Sébastien Beltran

Article publié le 15 juillet 2013 dans VO2 RunInLive, par Quentin Guillon

Au pied du podium aux championnats de France Elite sur 5 000 mètres à Charléty, Sébastien Beltran se singularise par son parcours athlétique, sa façon de courir et sa persévérance.
Rencontre avec un athlète fort sympathique.

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Sébastien Beltran (à droite) - Photo Yves-Marie Quemener

En dehors du cercle restreint des très initiés, Sébastien Beltran (prononcer « en » et non pas « Beltrane ») n’est pas ou peu connu. Il fait pourtant partie de ces athlètes qui font leur chemin dans l’ombre, progressent pas à pas sans faire de bruit. Et dont l’abnégation est un jour récompensé, que ça soit par un podium national ou une sélection en bleu-blanc-rouge. A 31 ans, Sébastien Beltran fut tout proche de monter sur la troisième marche du podium sur 5 000 mètres derrière le vainqueur Nouredine Smail, puis Abdelatif Meftah et Timothée Bommier. « Pour moi, c’est un résultat inespéré » confie t-il. A un moment, j’étais le dernier qualifié pour les Elite. Puis il y a eu quelques désistements. Je m’attendais à terminer 8 ou 9e, comme l’an dernier (9e en 14’20’’05 à Angers). C’est dommage que Timothée soit parti un peu trop tôt, je n’ai pas pu l’accrocher ».
Le coureur d’Issy-les-Moulineaux s’est distingué à Carquefou, remportant la toujours convoitée deuxième série du 5 000 m, en 14’01’’79, record personnel amélioré de huit secondes. Là aussi, il a manqué quelques centièmes pour descendre sous les 14’... « Ça reste largement satisfaisant. C’est certes un peu dommage de ne pas passer sous les 14’ mais je ne pensais pas m’en approcher autant. Il faut bien trouver un point positif ».

Gymnaste puis coureur

Et ces chronos étaient encore inenvisageables il y a peu pour celui qui a débuté la course à pied à…22 ans à l’Acfcga (Association des coureurs de fond du conseil général de l’Ariège), après avoir fait dix ans de gymnastique. Un changement de sport dû à l’impossibilité de conjuguer sa passion de gymnaste lorsqu’il est entré dans l’armée. Et c’est tout naturellement qu’il s’est dirigé vers la course à pied, « sport de base pour tout militaire. En Ariège, j’ai commencé par faire de la montagne et des trails. Puis mon entraineur a réussi à me canaliser, à me faire progresser sur la route. J’ai donc commencé à trouver du plaisir en faisant des distances plus courtes mais plus rapides. Et c’est parti de là ».
« Là » que la “drogue“ de la course est née. Que les progrès rapidement entrevus au fil des kilomètres sont à l’origine du désir de s’entraîner davantage, de persévérer. Et progressivement, la démarche estampillée “haut niveau“ se met en place. « Pour moi, le haut niveau n’était pas quelque chose d’accessible » avoue Sébastien Beltran. « C’est venu à mesure que les performances arrivaient. Et encore je ne m’attendais pas à arriver jusque là. Je me contentais de performances moindres, maintenant j’ai encore passé un palier. Ce n’est que du plaisir ».

« Tout ce que je fais, c’est au détriment de ma famille »

Du plaisir qui n’est pas sans contraintes. Muté à Paris depuis deux années, celui qui travaille au service de relation et d’information des relations publiques de l’armée de terre (« le service journalistique de l’armée ») doit composer avec un emploi du temps ultra serré. Car à la différence d’autres athlètes, il ne bénéficie pas de détachement pour s’entrainer. « J’ai un emploi à temps complet. Je me lève à 6 h pour être au boulot à 7h30 et le soir je reviens à 20h30. Ma vie de famille est assez limitée. Tout ce que je fais, c’est au détriment de ma famille. J’ai un enfant qui a 13 mois. Je le vois une heure le soir avant qu’il se couche. C’est un peu le penchant du boulot et de l’athlé. C’est dommage, j’espère que je ne le regretterai pas » confie Sébastien Beltran avec un sourire gêné.
Muté à Paris, il a donc dû s’adapter « difficilement » à un environnement en parfait contraste avec sa vie ariégeoise. Et a trouvé un nouveau coach en la personne de Jean-Baptiste Congourdeau, partageant parfois certaines séances avec le champion de France du 10 000 mètres Riad Guerfi. « Je ne regrette pas ce choix car j’ai continué ma progression qui avait déjà bien commencé en Ariège (14’09’’18 en 2011) ».

« Finir le nez par terre »

Avec sept entraînements hebdomadaires –difficile de faire davantage compte tenu de son emploi du temps déjà bien chargé- sa marge progression sur 5 000 mètres est peut-être réduite. « L’objectif est de monter à terme sur marathon. Mais quand je fais quelque chose, j’aime bien le faire à fond. C’est un peu compliqué pour l’instant » indique celui qui se caractérise par une manière de courir atypique, buste constamment penché vers l’avant. « Ça fait beaucoup rire mes collègues d’entraînement, ils disent qu’à la fin je vais finir le nez par terre. Je n’ai pas fait d‘école d’athlé puisque j’ai commencé tard. J’ai pris une mauvaise position dès les débuts et c’est difficile pour corriger malgré la PPG » s’amuse Sébastien Beltran, dont le gabarit tranche avec le l’archétype du coureur de 5 000m.
Coureur complet (3’50’’90 sur 1 500 m, 29’46 sur 10 km, 1’05’’53 sur semi), pense t-il à l’équipe de France ? « C’est un rêve mais il faut être aussi un peu réaliste. En venant un peu tard à la course à pied et en ayant des contraintes professionnelles, ça reste un peu un objectif inaccessible. Je me contente de ce que j’ai. Tant mieux si ça arrive un jour mais je ne me fais pas non plus d’illusions » souffle t-il très humblement. Si ses bons chronos importent forcément au regard de l’investissement fourni, le plus important est peut-être ailleurs, comme « le plaisir retrouvé » après une saison de cross qu’il qualifie de « moyenne voire mauvaise » (79e des France sur cross long). « Les cross m’avaient déçu. Je me suis satisfait dans les différentes courses sur route que j’ai faites ensuite. Ça m’a permis de me remotiver pour la saison sur piste. Pour moi, la course est une source d’épanouissement ».